De port industriel à quartier créatif : la métamorphose de Mina Zayed à Abou Dhabi

  


 À Abou Dhabi, la transformation de Mina Zayed illustre une tendance urbaine de fond : au lieu de démolir un tissu industriel existant, le projet réhabilite et reprogramme les anciens entrepôts pour créer un quartier d’innovation, de culture et de création. Porté par la démarche MiZa (Mina Zayed abrégé), cette transformation progressive vise à produire un environnement urbain mixte, actif et attractif, soutenu par des équipements catalyseurs comme 421 Arts Campus et 42 Abu Dhabi et fondé sur une approche durable de la fabrique de la ville.  

D’un tissu portuaire fonctionnel des années 1970 à un projet urbain innovant.

À Mina Zayed, ancien district d’entrepôts portuaires développé dans les années 1970, Abou Dhabi engage une reconversion urbaine d’envergure fondée sur la valorisation de l’existant. 

Le projet MiZa s’inscrit dans une logique de sobriété foncière et constructive : plutôt que la démolition, la réhabilitation progressive d’un vaste ensemble d’entrepôts, un périmètre estimé entre 45 et 60 Ha, devient le levier principal de transformation. 

Les études et la structuration du masterplan se consolident au début des années 2020, portées par des cabinets internationaux tels que DLR Group (masterplan, urban design et stratégie), Allies and Morrison (principes de renouvellement urbain et préservation de la morphologie industrielle du site), ainsi que BDP et DRAW Architecture + Urban Design sur des projets architecturaux ciblés. 

L’objectif est double : requalifier un site productif sans en effacer l’identité et introduire de nouvelles fonctions urbaines capables de générer une mixité d’usages et de temporalités. La logique de transformation repose d’abord sur l’idée simple que la structure industrielle est un capital : de grands volumes, une trame répétitive, une identité portuaire forte. 

Le masterplan agit ici comme un plan-guide évolutif, permettant un phasage souple et une adaptation continue aux opportunités, tout en affirmant une ambition écologique claire : réemploi du bâti, réduction de l’empreinte carbone liée à la construction neuve et activation d’un patrimoine industriel souvent négligé. En somme,  il fixe une logique d’ensemble (identité, mobilité fine, espaces publics, gradation des usages), tout en permettant des lots/projets adaptatifs au fil des opportunités et des opérateurs.

La reconversion des usages : culture, formation et animation comme moteurs urbains.

1- 421 Arts Campus (ex Warehouse421) : l’ancre culturelle

La transformation de Mina Zayed s’opère avant tout par les usages. Bien avant la formalisation complète du masterplan, la reconversion trouve un premier ancrage avec 421 Arts Campus, ouvert dès 2015 dans un ancien entrepôt réhabilité. Ce lieu culturel hybride (expositions, ateliers, espaces de travail et espaces publics) démontre la capacité du site à accueillir des fonctions urbaines ouvertes et intensives. (421.online) (abudhabiculture.ae)




2- 42 Abu Dhabi : la fabrique de talents (coding school)

La dynamique s’élargit avec l’inauguration de 42 Abu Dhabi en 2021, école de code implantée dans le tissu portuaire reconverti, qui introduit une fréquentation quotidienne, des horaires étendus et une communauté d’usagers durable. 



3- MiZa HQ : l’activation sociale et événementielle

Autour de ces équipements-phares, MiZa HQ joue un rôle d’activation sociale et événementielle, en animant le quartier par une programmation régulière et accessible. 

MiZa met en avant une programmation de quartier ouverte (pop-ups, talks, workshops, événements), avec une philosophie explicite : c’est un espace communautaire où chaque événement doit avoir un objectif centré sur les personnes. (MIZA


Un projet “par preuves” : des lieux-catalyseurs, puis l’effet d’entraînement vers un quartier urbain polyfonctionnel

Au-delà des fonctions culturelles et de formation déjà emblématiques, la reconversion de Mina Zayed s’inscrit dans la création d’un quartier urbain véritablement polyfonctionnel. Le projet prévoit l’intégration progressive de commerces de proximité, de cafés et de restaurants, de marchés urbains et de food halls, ainsi que d’espaces dédiés à l’incubation, au coworking et à l’innovation, notamment à travers des ateliers, makerspaces et bureaux flexibles. Cette programmation économique et sociale est complétée par l’aménagement d’espaces publics ouverts (allées piétonnes, cours, places et promenades) destinés à reconnecter le tissu des anciens entrepôts à la ville et au front de mer. À terme, l’introduction de fonctions tertiaires et résidentielles viendra renforcer cette mixité, permettant à Mina Zayed d’évoluer d’un site productif spécialisé vers un quartier habité, actif et vivant, capable d’accueillir des usages quotidiens, des activités économiques innovantes et des pratiques urbaines contemporaines.


Objectifs : trois “valeurs cibles” structurantes

A. Diversifier l’économie urbaine par les industries créatives et l’innovation : MiZa est présenté comme un quartier destiné à accueillir des créatifs, entrepreneurs et innovateurs, en activant des espaces de production, de travail et d’événementiel.  

B. Faire de l’existant un patrimoine “du quotidien” à valoriser : Un principe central du masterplan est la préservation du caractère industriel, avec une transformation par l’usage plutôt que par la tabula rasa.  

C. Produire une urbanité active : mixité d’usages et espaces publics : L’objectif opérationnel est de créer un quartier multi-usages (travail, culture, apprentissage, événements, commerces) capable de fonctionner comme un lieu de destination, y compris au-delà d’un public strictement professionnel.  

Cette reconversion par les usages illustre une approche innovante de la ville : l’urbanité n’est pas produite uniquement par la forme bâtie, mais par la capacité des lieux à être vécus, partagés et appropriés, tout en donnant naissance à de nouvelles économies urbaines liées à la culture, à l’innovation et à la formation.

Conclusion : la reconversion comme processus continu.

À Mina Zayed, la reconversion urbaine ne se résume pas à un projet figé dans le temps ; elle s’affirme comme un processus évolutif, combinant planification stratégique, réhabilitation écologique et gouvernance par la programmation. 

L’avancement actuel, marqué par des réalisations opérationnelles déjà actives et la poursuite de transformations progressives, confirme la pertinence d’une approche qui privilégie l’adaptation à la rupture. 

En faisant de l’existant une ressource, en limitant l’impact environnemental de la transformation et en introduisant des fonctions innovantes pour la ville contemporaine, Mina Zayed devient un laboratoire de reconversion urbaine à l’échelle du Golfe. Ce cas montre que la durabilité ne relève pas uniquement de technologies nouvelles, mais aussi de la réinvention intelligente des tissus hérités, capables de produire une ville plus sobre, plus inclusive et plus résiliente.

 



   

    



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